Nouvelles de Californie

29 mars 2005

Le désert au printemps

Ces trois jours dans le désert printanier ont été parfaitement dépaysants : mission accomplie ! En si peu de temps, avoir l'impression d'être parti trois semaines, on fait difficilement plus efficace !

Comme prévu nous nous sommes levés à l'aube vendredi matin pour prendre l'avion San Jose - Las Vegas de 8 heures. L'arrivée à l'aéroport une heure et demie plus tard s'est faite dans un état un peu ensommeillé, mais la vue des machines à sous autour des caroussels à bagages a permis une douce transition entre le rêve et une réalité pas tout à fait ordinaire. Sur la route vers l'entrée nord de Death Valley nous avons écouté NPR (National Public Radio), l'équivalent de France Inter. L'émission locale avait pour sujet les fleurs du désert. Cette année a été particulièrement pluvieuse dans la Vallée de la Mort, au point d'innonder la région de Badwater, un immense lac salé, asseché la plupart du temps. La pluie a aussi fait pousser des multitudes de fleurs de toutes les couleurs, dans lesquels viennent butiner des papillons. En écoutant ces explications nous avons commencé a scruter le désert qui défilait à toute allure derrière les vitres de la voiture. Et nous avons pu voir des bouquets blancs, jaunes, roses ou violets, des cactus en fleurs, des parterres vert tendre... Dans la Vallée de la Mort des champs "d'or du désert" brillaient au soleil. Nous avons roulé jusqu'aux dunes de sable vers Stonepipe Wells et avons marché jusqu'au sommet de la dune la plus haute, montant et descendant les buttes de sable pendant une bonne heure. Nous avons pensé aux Dupondt, mouchoir noué sur la tête et tournant en rond à la recherche d'une oasis. Mais ici impossible de se perdre, car le sable blond tranche radicalement avec les montagnes rouges qui l'entourent et forme un îlot (de quelques miles de diamètre) bien isolé. Autant dire qu'il a fait chaud, sur ce sable, en plein soleil, et par une trentaine de degrés. Etrange sensation de soif même en buvant... Nous avons passé le reste de la journée à photographier les fleurs, le lac salé de "Devil's Golf Course" d'où l'eau s'évaporait presque à vue d'oeil, laissant derrière elle des blocs de sels craquelés, et Badwater où les touristes trempaient les pieds dans une dizaine de centimètres d'eau salée, immense miroir sous le soleil couchant. Puis la nuit est tombée et nous sommes ressortis du parc par le sud, avons dîné dans un petit bled perdu nommé Shoshone (une station essence, un restaurant dans le genre "typique", bien accueillant, où s'entassaient les familles venues passer Pâques et le "Spring break" au soleil de Californie).

Après la nuit passée dans un hôtel de Las Vegas trouvé au dernier moment (à 23 heures, après s'être cogné le nez sur de nombreux hôtels complets), nous étions presque frais pour notre deuxième journée de vacances. Quatre heures de route vers le nord-est. Les paysages changent. De désertiques ils deviennent montagneux, les arbustes grandissent. Puis la route est encadrée de murs de neige. Enfin la pierre devient rouge. Nous pique-niquons à l'entrée du parc de Bryce Canyon puis demandons à un ranger où nous pourrions marcher en raquettes. Il nous indique plusieurs balades et nous en choisissons une que nous avions faite en 2000 avec mes parents et ma soeur Emilie : le Jardin de la Reine. Nous descendons dans le canyon, les raquettes à la main la plupart du temps, les pieds sur la neige tassée par les randonneurs, ou dans la boue argileuse. Au bout du chemin siège la reine Victoria, figée dans la pierre. Nous continuons la boucle. Lors d'une pause, des oiseaux de toutes tailles viennent gasouiller autour de nous ou font les beaux sur des branches dans l'espoir de nous attendrir et de repartir avec quelques miettes. Nous résistons ! Plus loin la neige s'épaissit et nous chaussons les raquettes. Nous prenons notre temps, profitons des paysages, des colonnes et des arches qui se dressent autour de nous, émergent du manteau blanc. Plus tard nous allons nous installer à l'hôtel, le Ruby's Inn fondé à l'entrée du parc en 1916 par un fermier (devenu riche !), et dînons là puisque c'est le seul restaurant à des kilomètres à la ronde, en compagnie des touristes français et allemands qui peuplaient le parc dans la journée (Bryce Canyon doit faire partie des "mérite un détour" du Guide du Routard !). Les travers de porc et la bière d'Utah sont couleur locale, et très bons. De nuit le parc est tout illuminé par la pleine lune. Nos ombres se détachent comme en plein jour au bord du canyon où nous sommes venus prendre quelques photos dans un froid glacial.

Dimanche matin nous déjeunons rapidement et partons pour notre deuxième randonnée, raquettes sous le bras comme la veille. La neige est belle tout autour de nous et sur les hauteurs, mais elle a fondu sur les sentiers. Nous descendons vers Fairyland, féérique comme son nom l'indique. La vue est saisissante, la dentelle de pierre recouvre les parois et le fond du canyon. Nous nous promenons entre des cheminées de fée, le long d'un ruisseau. A l'arrivée, une arche ressemble au Tower Bridge de Londres et porte son nom. Nous remontons vers la voiture, c'est plus long qu'à l'allée. La boue par endroit est tellement visqueuse qu'elle nous colle au sol et nous soulevons un kilo de terre rouge sous chaque chaussure. De retour à la voiture nous roulons jusqu'au bout du parc d'où nous surplombons toute la région. Au loin la montagne Navajo et le plateau Kaibab dans lequel la rivière Colorado a creusé le Grand Canyon. Nous pique-niquons puis remontons vers l'entrée du parc en nous arrêtant à tous les points de vue : arche fragile, pic solitaire, falaises abruptes... Le temps se couvre : tant mieux, nous devons partir de toute façon. Nous roulons jusqu'à Las Vegas où cette fois-ci nous avons une réservation à l'hôtel Aladdin sur le célèbre Strip. Pour deux tiers du prix de la chambre d'hôtel "normal" de vendredi soir, nous entrons dans un palace ! Malheureusement nous n'aurons pas bien le temps d'en profiter puisqu'il faudra se lever à cinq heures pour rentrer à San Jose. Nous dînons au "Tremezzo", un restaurant italien de l'hôtel-casino Aladdin. C'est chic mais pour une fois, dans ce genre d'endroits, c'est bon ! Carpaccio de bœuf (plutôt rare de trouver du bœuf cru par-ici), tagliatelles maison au crabe et aux asperges. Le tout arrosé de Pouilly Fuissé. Nous passons un moment sur Las Vegas Boulevard après avoir rendu la voiture de location. Notre hôtel est juste à côté de Paris, et juste en face du Bellagio devant lequel ont été installés d'immenses jets d'eau dans un grand bassin. Toutes les demi-heures (peut-être tous les quarts d'heure), les jets se mettent à danser en musique, comme un ballet. Dans cette ville de papier mâché et de démesure, c'est assez saisissant de voir un spectacle aussi gracieux (quoiqu'un peu tape à l'œil, mais quand même). Dans le Bellagio, une exposition de fleurs dégage des parfums enivrants. Il se fait tard. Nous rentrons nous coucher sans avoir joué un sou (nous n'étions pas là pour ça !).

Lundi matin nous nous levons à cinq heures, sommes à San Jose vers 8h30 et de retour à Kodak vers 9h30, directement de l'aéroport au bureau (un peu rude). Nous nous remettons doucement de ce voyage un peu fatiguant mais qui nous a permis de déconnecter complètement pendant quelques jours. Nos expériences du désert en plein cagnard nous avaient laissé une impression d'hostilité et de solitude. Mais le désert au printemps est on ne peut plus appaisant, souriant, hospitalier. La Vallée de la Mort est bien vivante ! Et Bryce Canyon un vrai paradis.