Nouvelles de Californie

31 juillet 2005

Soirée berbère à Santa Cruz

Encore une semaine qui passe à toute allure, entre le travail qui devient chargé, les multiples réunions semestrielles ou hebdomadaires qui paralysent quelques heures chaque jour, et les nombreuses activités vespérales (yoga, espagnol, éliminer un nid de guèpes au-dessus de la porte du jardin...). Si bien que je n'ai pas pris le temps de raconter le merveilleux concert auquel nous avons assisté samedi dernier ! André nous avait invité chez lui à Santa Cruz. Nous avons dîné tôt. Un délicieux repas comme il sait les faire et qui dévoilent toujours ses origines marseillaises. Ce soir-là, une salade exquise aux tomates bien juteuses et une vinaigrette à l'ail et au jus de citron, à l'huile d'olive évidemment. Puis une ratatouille aux mille saveurs et un œuf au plat cuit avec un piment. Quelques cerises pour finir.

Vers 19h30 nous prenons la voiture jusque dans le centre-ville, a quelques minutes de là. Nous nous garons sur Cedar Street et trouvons le Kuumbwa Jazz Center où se tient, en ce 23 juillet, le premier festival Amazigh (berbère) de la région . Dans l'après-midi il y a eu l'intervention d'une anthropologue, une démonstration de danse, un atelier de percussions. Ce soir c'est un concert du groupe Aza, dont les deux principaux musiciens, Fattah et Mohammed, sont des voisins d'André (il les a rencontrés par hasard en allant chiper des citrons sur leur arbre...). Deux jeunes hommes fort sympathiques, l'un du Maroc l'autre de Tunisie, que nous avions eu l'occasion de rencontrer il y a quelques temps chez notre ami autour d'un couscous et d'une jambe d'agneau rôtie au barbecue.

Des vêtements traditionnels berbères flottent sur des ceintres devant la salle de concert dans l'attente de trouver acheteur. Nous nous avançons, prenons nos billets. C'est Johanna, la copine canadienne de Fattah, qui tient la caisse. Une belle rousse aux yeux bleus habillée en berbère, dans une grande tunique colorée et brillante, serrée à la taille. Elle nous indique le bar où l'on peut acheter du thé à la menthe et des pâtisseries confectionnées par une jeune marocaine de Santa Cruz.

Nous nous asseyons le plus près possible de la scène de cette petite salle sympathique et dégustons les petits gâteaux au miel et au sésame en sirotant notre thé. Sur la scène sont disposés de nombreux instruments, certains très occidentaux (une batterie, un saxophone, une contre-basse...) d'autres aux allures plus méditerranéennes : mandoles, banjos, guitares
bien chaloupées, percussions de toutes sortes.

La première partie est tenue par un chanteur algérien qui vit à San Francisco depuis une bonne quinzaine d'années. Il est seul sur scène avec une guitare, interprète trois longs morceaux, nous parle de la culture berbère en Afrique du nord et dans le monde, de l'assassinat de Lounès Matoub, en 1998, et à qui il dédie l'une des chansons. La musique est très belle et mélancolique.

Puis vient le tour d'Aza. Six musiciens montent sur scène. Un saxophoniste, un contre-bassiste et un batteur sans doute américains, un percussionniste de Djerba, et les deux voisins d'André, Fattah et Mohammed, tour-à-tour guitaristes, chanteurs, percussionistes. Tous ont un sourire jusqu'aux oreilles, une bonne humeur qui est très vite communicative. Les spectatrices berbères lancent un "ouloulouloulou" suraigu du fond de la salle. Aza mélange les sonorités nord-africaines et les chants en langue tamazight aux rythmes jazzy d'Amérique. L'ensemble est extrêmement vivant, même revigorant. On a envie de rire et de danser, ce que d'ailleurs tout le monde fait, même Mohammed qui se lève sur scène pour jouer du tambour tout en dansant entre les micros. Sur la demande du public Aza interprète Aïcha. Tout le monde reprend en cœur la célèbre chanson de Khaled.

Et nous passons ainsi toute la soirée, entraînés par cette superbe musique qui nous transporte à l'autre bout du monde. En sortant de la salle on nous fait cadeau des pâtisseries invendues, histoire de prolonger le voyage.

24 juillet 2005

May Lake, Yosemite

Le week-end dernier nous nous sommes levés à 4h15 samedi matin pour aller passer deux jours dans la nature avec nos amis Vince et Tammy, que nous avons rencontrés dès notre arrivée aux Etats-Unis en 1999 (début 2000 pour moi), et qui habitent maintenant dans la rue d'à côté (il y a 11 maisons entre la leur et la nôtre !). Ce sont de vrais Californiens (c'est assez rare par-ici). Vince a grandit à San Jose et Tammy à Los Angeles. Ils se sont rencontrés pendant leurs études à Berkeley et ont gardé les opinions et l'activisme caractéristiques de cette université mondialement connue et qui a vu naître, entre autres, le début des manifestations contre la guerre du Vietnam, le mouvement hippie, l'intérêt pour l'écologie et l'agriculture bio, etc.

Nous sommes donc partis tous les quatre samedi matin en direction du parc de Yosemite qui malgré le nombre de visites que nous y avons faites nous réserve toujours de bonnes surprises. Cette fois-ci nous prenons la route Nord, qui traverse le parc d'Ouest en Est en passant par le col Tioga Pass. Nous nous garons à l'entrée de la balade vers May Lake, plus élevée que le sommet du Half Dome, mettons nos gros sacs sur le dos et partons vaillamment, sous une chaleur torride, en direction du lac. L'hiver a été particulièrement long et enneigé cette année et nous marchons le long de nevés en train de fondre, de ruisseaux débordant de toutes parts, de flaques et de marécages. Si vous me suivez vous devez déjà entendre l'agaçant zozotement des moustiques qui vous frolent les oreilles. L'accueil est royal ! Les insectes se ruent sur nous comme les fans sur leur idole. La citronelle ne leur fait ni chaud ni froid. Mais ceci est vite oublié devant la beauté de May Lake, immense flaque bleue, limpide et calme entourée de blocs de granite d'où la neige fondue se jette dans le lac en formant quelques cascades bruyantes. Nous pique-niquons non loin du camping désert (il est fermé pour l'année car l'hiver a duré trop longtemps) et décidons de pousser un peu plus loin jusqu'à Raisin Lake où l'on peut paraît-il se baigner ! Nous croisons le ranger qui patrouille dans ce secteur et lui tendons notre permis de camping sauvage (semi-sauvage, donc : on ne campe pas n'importe où dans un parc national, ni sans prévenir ! Cela permet de préserver la nature en limitant les zones déteriorées par les humains, et d'éviter les accidents avec les ours et les pumas).

Raisin Lake n'est que quelques miles plus loin. C'est un tout petit lac chauffé par le soleil. Nous laissons nos sacs sur la plage, formée de grandes dalles de granite, et nous avançons dans l'eau lentement après avoir enfilé nos maillots de bain. C'est un vrai paradis ! L'eau est superbe, nous sommes tous seuls pour nous y rafraîchir. L'endroit est tellement beau que nous décidons de camper là. Nous n'aurons pas énormément marché (5 miles, à peu près 8 km) mais le réveil très matinal, l'altitude (2500m alors que nous étions au niveau de la mer le matin-même), la chaleur et les moustiques ont eu raison de nous.
Nous nous baladons un peu aux alentours du lac, sur le granite qui forme des escaliers (on se croirait dans un théâtre romain !) puis retournons vers nos sacs, à quelques centaines de mètres du bord du lac, pour monter nos tentes. Nous sortons le réchaud à gaz (Pierre va pouvoir utiliser pour la première fois le réchaud que lui ont offert mes parents pour son anniversaire), la "chinese noodle soup" liophylisée et quelques denrées un peu plus naturelles. Après manger Vince allume un feu avec l'imparable technique scout qu'il a apprise dans sa jeunesse. Nous stockons toute la nourriture, les déchets et la vaisselle dans nos "boîtes à ours" (des containers cylindriques en plastique dur et sans aucune prise, que les ours ne peuvent pas ouvrir) et les abandonnons entre deux rochers à une bonne centaine de mètres des tentes.

Nous discutons un long moment autour du feu. Histoires d'ours, politique américaine (une sujet intarrissable, notamment pour les militants que sont Vince et Tammy), littérature (j'ai hâte de connaître la fin du roman que j'ai commencé quelques jours plus tôt : Lord of the Flies de William Golding), etc... Un peu plus loin nous entendons un autre groupe de campeurs. La fumée et l'obscurité font fuir les moustiques : enfin tranquilles ! La nuit est belle, le ciel tout étoilé mais la lune est si lumineuse qu'on voit nos ombres comme en plein jour. Nous nous couchons. Les seuls ours que nous entendons cette nuit sont Pierre et Vince qui ronflent allègrement, effrayant Tammy par moments. Nous sommes étonnés par la chaleur, même en pleine nuit (d'habitude il faut s'emmitoufler : bonnet, chaussettes, pyjamas d'hiver. Là nous laissons les duvets entrouverts).

Le lendemain nous faisons à nouveau quelques brasses dans Raisin Lake, plions bagage et faisons la balade en sens inverse jusqu'à la voiture, en deux fois moins de temps qu'à l'allée. Nous allons pique-niquer un peu plus loin au bord d'une rivière. Nous trempons les pieds mais rien à voir avec le lac : l'eau courante est glacée, nos pieds rougissent en quelques minutes et sont frigorifiés. Nous n'insistons pas, et reprenons la voiture jusqu'à Sunnyvale où nous comptons les piqûres de moustiques après une bonne douche : une bonne quarantaine chacun. Aïe aïe aïe !

18 juillet 2005

¡Adios amigos!

Je suis en retard... Rien écrit la semaine dernière ! Il faut dire que nous étions trop occupés à fêter le départ de Stéphane, qui est parti mercredi dernier s'installer à Barcelone. Tous les soirs nous avons trouvé une bonne excuse pour aller boire un dernier un pot, aller une dernière fois au restaurant, faire une fête dans un parc de Santa Clara...

Pas facile de laisser partir ses amis. Sans compter que ce n'est pas le premier ! Anne-Sophie et Luc en 2002, Roland et Cécile l'année dernière, Viviana et Chris il y a quelques semaines... Et Ed va partir finir ses études de droit à la Sorbonne en septembre. Et tant d'autres expatriés qui suivent leur bonne étoile aux quatre coins du monde.

Tout le monde est de passage, ici. C'est ce qui rend les relations très faciles, je crois. On se lie parce qu'on a tous un peu le même côté nomade (même les Américains qui ne sont jamais vraiment d'ici non plus) et une profonde attirance pour l'Autre, sa culture, ses expériences qui seront autant d'opportunités de s'enrichir et d'échanger. Mais c'est aussi l'aspect le plus difficile de la vie ici, car on sait que tôt ou tard chacun va repartir, que le groupe d'amis va s'éfilocher et qu'il faudra se construire un nouveau quotidien.

Ces déchirures inévitables font partie du jeu. On le sait. Et l'on peut souhaiter à chacun de faire de nombreuses découvertes, sur les autres autant que sur soi-même, et que dure le voyage, comme l'écrit si bien Constantin Cavafy dans son poème Ithaque (lire aussi l'explication de texte de Jacques Lacarrière en suivant ce lien).

11 juillet 2005

Parlons technique !

Voici quelques articles sortis dans la presse aujourd'hui et qui vous donnerons peut-être une petite idée de ce que nous développons chez Kodak (ça parle de la division dans laquelle nous travaillons tous les deux) :

Voici d'ailleurs la page d'acceuil du groupe Image Sensor Solutions. Nous, nous faisons du "CMOS". La page des publications techniques est intéressante si vous voulez en savoir plus. Il y a même des petites videos ici.

C'est tout en anglais... A vos dictionnaires ! :-)

Et voici enfin des articles en français plus généralistes sur la technologie CMOS, la photographie numérique, l'acquisition des images et un très bon article comparant les technologies CMOS et CCD.

10 juillet 2005

Quatre jours à Vancouver

Le week-end dernier nous sommes allés célébrer l'Indépendence des Etats-Unis (4 Juillet 1776)... au Canada !

Ces quatre jours à Vancouver ne nous ont pas seulement permis de visiter cette célèbre ville du Nord-Ouest de l'Amérique, ils ont été l'occasion de retrouver nos amis Cécile et Roland qui ont quitté San Francisco l'année dernière pour étudier l'animation 3D (Roland) et commencer une brillante carrière de journaliste (Cécile). Quel plaisir de les revoir !

La ville est relativement étendue et nous avons beaucoup marché: les nombreuses plages autour de West End et Kitsilano, le marché couvert de Granville Island, la forêt de Lighthouse Park, Gastown, Chinatown, Canada Place et ses paquebots de croisière qui partent vers l'Alaska ou Hawaii, Stanley Park, l'université UBC... Nous avons plongé dans la culture locale : musée d'anthropologie (totems), aquarium (belugas), festival de jazz, improvisation théâtrale. Nous avons fait du sport dans l'abondante nature qui entoure la ville : canoë-kayak à Deep Cove, tandem dans Stanley Park.

La douceur de vivre est palpable à Vancouver. La ville est protégée de l'océan Pacifique par la grande île Victoria et repose sur une baie toute calme qui fait penser tour à tour à un lac ou à la mer Méditerranée. L'air y est doux. Les rues sont très fleuries, il y a même du gazon sur les trottoirs. Les hortensias sont d'un bleu électrique. L'arrière-plan de la ville est constitué de montagnes verdoyantes toutes proches, et d'eau bleue où voguent les bateaux. Les vancouverois se retrouvent sur la plage après leur travail. Ils promènent leur chien (que de chiens !), font du vélo, se détendent face à la mer. Mais il y a un contraste saisissant entre les jolis quartiers paisibles et des rues vraiment sordides où déambulent des clochards ébêtés. La drogue et le sida font rage à Vancouver. Traverser ces rues laisse une grande amertume mêlée d'un sentiment d'impuissance. Il semblerait que l'arrivée des J.O. en 2010 ne va pas arranger les choses car ces quartiers vont être rénovés et les sans-abris vont en être chassés, sans solution de rechange. La douceur de vivre n'est pas pour tout le monde.

Voilà donc ces quatre jours passés à Vancouver. Je ne sais plus trop comment conclure après ce dernier paragraphe ! Même les villes les plus douces sont impuissantes face à la misère. En tant que touristes on retiendra surtout la beauté des paysages, la caresse de la brise océanique, l'abondance de fleurs, les petites boutiques. Et le bonheur d'avoir passé ces moments avec nos amis.

J'oubliais une anecdote rigolote : en lisant les articles de Cécile dans l'Express du Pacifique je suis tombée sur le nom d'un autre journaliste : Raphaël Perdriau. Le nom m'était familier... Bien sûr ! Nous étions au lycée ensemble ! Après "authentification" sur une photo d'éditorial, c'est bien lui. Nous sommes passés au journal pour lui dire bonjour. C'est quand même fou de tomber sur quelqu'un qu'on connaît par un hasard aussi complet !

08 juillet 2005

Dialogues des Carmélites

L'atelier lyrique du conservatoire de Lausanne où étudie ma sœur Emilie a donné trois représentations des Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc la semaine dernière.

Les photos sont ici. On voit très bien Emilie, assise à gauche, sur la photo 37.jpg, mais aussi sur bon nombre d'autres ! A vous de la reconnaître...