Nouvelles de Californie

24 juillet 2005

May Lake, Yosemite

Le week-end dernier nous nous sommes levés à 4h15 samedi matin pour aller passer deux jours dans la nature avec nos amis Vince et Tammy, que nous avons rencontrés dès notre arrivée aux Etats-Unis en 1999 (début 2000 pour moi), et qui habitent maintenant dans la rue d'à côté (il y a 11 maisons entre la leur et la nôtre !). Ce sont de vrais Californiens (c'est assez rare par-ici). Vince a grandit à San Jose et Tammy à Los Angeles. Ils se sont rencontrés pendant leurs études à Berkeley et ont gardé les opinions et l'activisme caractéristiques de cette université mondialement connue et qui a vu naître, entre autres, le début des manifestations contre la guerre du Vietnam, le mouvement hippie, l'intérêt pour l'écologie et l'agriculture bio, etc.

Nous sommes donc partis tous les quatre samedi matin en direction du parc de Yosemite qui malgré le nombre de visites que nous y avons faites nous réserve toujours de bonnes surprises. Cette fois-ci nous prenons la route Nord, qui traverse le parc d'Ouest en Est en passant par le col Tioga Pass. Nous nous garons à l'entrée de la balade vers May Lake, plus élevée que le sommet du Half Dome, mettons nos gros sacs sur le dos et partons vaillamment, sous une chaleur torride, en direction du lac. L'hiver a été particulièrement long et enneigé cette année et nous marchons le long de nevés en train de fondre, de ruisseaux débordant de toutes parts, de flaques et de marécages. Si vous me suivez vous devez déjà entendre l'agaçant zozotement des moustiques qui vous frolent les oreilles. L'accueil est royal ! Les insectes se ruent sur nous comme les fans sur leur idole. La citronelle ne leur fait ni chaud ni froid. Mais ceci est vite oublié devant la beauté de May Lake, immense flaque bleue, limpide et calme entourée de blocs de granite d'où la neige fondue se jette dans le lac en formant quelques cascades bruyantes. Nous pique-niquons non loin du camping désert (il est fermé pour l'année car l'hiver a duré trop longtemps) et décidons de pousser un peu plus loin jusqu'à Raisin Lake où l'on peut paraît-il se baigner ! Nous croisons le ranger qui patrouille dans ce secteur et lui tendons notre permis de camping sauvage (semi-sauvage, donc : on ne campe pas n'importe où dans un parc national, ni sans prévenir ! Cela permet de préserver la nature en limitant les zones déteriorées par les humains, et d'éviter les accidents avec les ours et les pumas).

Raisin Lake n'est que quelques miles plus loin. C'est un tout petit lac chauffé par le soleil. Nous laissons nos sacs sur la plage, formée de grandes dalles de granite, et nous avançons dans l'eau lentement après avoir enfilé nos maillots de bain. C'est un vrai paradis ! L'eau est superbe, nous sommes tous seuls pour nous y rafraîchir. L'endroit est tellement beau que nous décidons de camper là. Nous n'aurons pas énormément marché (5 miles, à peu près 8 km) mais le réveil très matinal, l'altitude (2500m alors que nous étions au niveau de la mer le matin-même), la chaleur et les moustiques ont eu raison de nous.
Nous nous baladons un peu aux alentours du lac, sur le granite qui forme des escaliers (on se croirait dans un théâtre romain !) puis retournons vers nos sacs, à quelques centaines de mètres du bord du lac, pour monter nos tentes. Nous sortons le réchaud à gaz (Pierre va pouvoir utiliser pour la première fois le réchaud que lui ont offert mes parents pour son anniversaire), la "chinese noodle soup" liophylisée et quelques denrées un peu plus naturelles. Après manger Vince allume un feu avec l'imparable technique scout qu'il a apprise dans sa jeunesse. Nous stockons toute la nourriture, les déchets et la vaisselle dans nos "boîtes à ours" (des containers cylindriques en plastique dur et sans aucune prise, que les ours ne peuvent pas ouvrir) et les abandonnons entre deux rochers à une bonne centaine de mètres des tentes.

Nous discutons un long moment autour du feu. Histoires d'ours, politique américaine (une sujet intarrissable, notamment pour les militants que sont Vince et Tammy), littérature (j'ai hâte de connaître la fin du roman que j'ai commencé quelques jours plus tôt : Lord of the Flies de William Golding), etc... Un peu plus loin nous entendons un autre groupe de campeurs. La fumée et l'obscurité font fuir les moustiques : enfin tranquilles ! La nuit est belle, le ciel tout étoilé mais la lune est si lumineuse qu'on voit nos ombres comme en plein jour. Nous nous couchons. Les seuls ours que nous entendons cette nuit sont Pierre et Vince qui ronflent allègrement, effrayant Tammy par moments. Nous sommes étonnés par la chaleur, même en pleine nuit (d'habitude il faut s'emmitoufler : bonnet, chaussettes, pyjamas d'hiver. Là nous laissons les duvets entrouverts).

Le lendemain nous faisons à nouveau quelques brasses dans Raisin Lake, plions bagage et faisons la balade en sens inverse jusqu'à la voiture, en deux fois moins de temps qu'à l'allée. Nous allons pique-niquer un peu plus loin au bord d'une rivière. Nous trempons les pieds mais rien à voir avec le lac : l'eau courante est glacée, nos pieds rougissent en quelques minutes et sont frigorifiés. Nous n'insistons pas, et reprenons la voiture jusqu'à Sunnyvale où nous comptons les piqûres de moustiques après une bonne douche : une bonne quarantaine chacun. Aïe aïe aïe !