Nouvelles de Californie

21 octobre 2005

Les dix ans du bac

Pierre est parti jeudi dernier fêter les dix ans du bac à Lyon. Une petite semaine tout seul dans la capitale des Gaulles. Enfin tout seul... Avec Bilou, Chloé, Catherine, Pierre, Benjamin, Boris et les autres. Les deux tiers de la classe ont fait le déplacement, d'Allemagne, d'Italie, et des quatre coins de la France pour reprendre contact avec la terminale. Pierre est revenu hier, ravi de ces retrouvailles et des quelques jours passés avec ses parents (et les miens !).


Quant a moi j'ai préféré rester en Californie (un peu la flemme de faire 30 heures de voyage en une semaine, et puis c'était la fête de sa classe, pas la mienne. Laissons-nous un peu d'espace). L'impression étrange d'être seule (la première fois depuis... le stage de six mois à Aix-en-Provence... en 1999 !) a été vite noyée sous une avalanche d'activités toutes plus divertissantes les unes que les autres, qui ont rendu l'expérience plutôt agréable à vrai dire, au moins pour quelques jours. Voici un petit compte-rendu de ma semaine de célibataire :

  • Jeudi : un quart d'heure avant de partir pour l'aéroport, notre collègue Chris nous demande si nous sommes libres le soir-même... Il veut que nous allions au restaurant avec une poignée de collègues, dont notre boss de Rochester, de passage en Californie pour quelques jours. Pierre n'y sera pas mais je peux me faire emmener par mon manager, Andrew, me dit Chris. Il insiste donc j'accepte, et nous voilà partis pour Half-Moon Bay à la tombée de la nuit... un peu trop tard pour admirer le long de la route sinueuse qui mène à l'océan, les citrouilles qui s'étalent dans les champs (Half Moon Bay est la capitale mondiale de la citrouille, nous explique Chris, dont la très jolie maison se dresse à cinquante mètres de la plage, à peine). Les rouleaux bleu turquoise du Pacifique se cassent avec grand bruit sur le sable blanc. De la maison nous faisons quelques enjambées jusqu'au Miramar Beach Restaurant, un luxueux restaurant de poisson qui fut un lieu de rencontre d'un tout autre genre dans les années 20-30 (on y vendait de l'alcool -et des filles- pendant la Prohibition). Lieu hautement historique, donc. Je choisis des "Coquilles Saint Jacques", prononcé avec mon plus bel accent américain pour que la serveuse me comprenne. Ce sont en fait des "scallops", un coquillage de même forme que son cousin européen, mais beaucoup plus gros et plus fort de goût. Servis en gratin avec une sauce aux champignons et à la crème, c'est bien bon quand même. Je suis assise en face de Cindy, la copine d'Andrew, que je rencontre à cette occasion. Une jolie et menue blonde au visage de poupée qui a troqué l'industrie informatique pour travailler dans une association de lutte contre la violence domestique. Très intéressante, elle me plaît bien. Nous passons une bonne soirée pendant que les autres parlent travail...
  • Vendredi : Sans Pierre pour me réveiller j'ai un peu de mal à sortir du lit, mais je finis par y arriver (ouf !). Au bureau, tout le monde me demande s'il est arrivé un malheur dans la famille de Pierre, seule explication qui vient à l'esprit en le voyant partir seul pour une si courte durée. Je rassure, j'explique. Le soir je suis gentiment invitée chez Sami et Lamia. Le vendredi, c'est le jour du marché. Lamia a acheté des poivrons, des tomates et tous les légumes qui se prêtent bien à la cuisine tunisienne. Tant mieux, j'en profite. Nous mangeons une délicieuse chakchouka. Inès est adorable comme d'habitude, mais il lui manque son compagnon de jeu favori. "Where's Piah?" demande-t-elle. En France. Il revient bientôt.
  • Samedi : Vince et Tammy m'ont proposé d'aller voir un pièce de théâtre avec eux et leur amie Carol. J'ai accepté bien sûr. Nous voilà partis à midi et demie. La pièce commence à 14 heures au théâtre Zeum du centre Yerba Buena, non loin du musée d'art moderne, le MOMA. Les élèves de master à l'American Conservatory Theater (A.C.T.) jouent Le Cercle de Craie Caucasien de Bertholt Brecht. La salle est toute petite et nous sommes tout près des acteurs. Cela donne l'impression d'être sur scène. On voit le regard des acteurs se planter dans le notre. On sent presque leur souffle. La pièce est très bien jouée et la mise en scène me plait beaucoup. Il y a énormément d'humour. Et comme souvent au théâtre on se rend compte que les questions que se posent les hommes ne changent pas beaucoup avec le temps, qu'il s'agisse de guerre, de justice, d'amour maternel... La pièce se termine vers 16h30. Nous filons au 21st Amendment brewpub non loin du théâtre et de South Park, un joli petit quartier, un parc oval et verdoyant entouré de petits cafés et de boutiques, berceau des ".com companies". Je n'avais jamais mis les pieds dans ces quelques rues alambiquées et tranquilles, cachées au milieu des ponts de sortie d'autoroute. Nous goûtons les bières brassées sur place, en choisissons chacun une et commandons des salades, fish and chips et autres nourritures de pub. Nous sommes rejoints par Mitch et Judy. Discutons autour d'un dessert. André m'avait appelée la veille pour me dire d'aller absolument au de Young museum, qui fêtait sa réouverture après des années de travaux par 48 heures de portes ouvertes, tout le week-end. Il n'a pas été bien difficile de convaincre toute la troupe d'aller au musée. Nous montons donc tous les six dans la Mercedes de Mitch, qui tourne au biodiesel (recyclage d'huile de friture de restaurant), et traversons San Francisco, jusqu'au Golden Gate Park. Bien sûr nous ne sommes pas les seuls, même dans la soirée, à vouloir jeter un oeil aux peintures, sculptures et autres œuvres d'art. Mais Carol nous fait entrer sans faire la queue grâce à sa carte de membre. Nous déambulons parmi la foule, tout aussi intrigués par l'architecture du lieu (telle la noce de Gervaise au Louvre !) que par les œuvres, présentées d'ailleurs sans beaucoup de cohérence. Nous passons, d'une pièce à la suivante, des totems de l'Alaska aux peintures impressionnistes, du mobilier du XIXème siècle à l'art primitif d'Océanie, en passant par les artistes contemporains. Mais malgré la confusion générale, qui donne quand même bien envie de revenir à tête reposée, nous tombons nez à nez avec Doug et Kathy ! Quelle surprise ! Encore quelques tableaux et nous nous retrouvons dans un café du Sunset district pour papoter plus au calme. Voilà une journée de théâtre qui a pris un cours bien amusant.
  • Dimanche : je me lève relativement de bonne heure pour aller acheter du sucre : j'ai promis à Lamia de faire des madeleines. Je me mets à la tâche, enfourne les premiers gâteaux quand André me téléphone : il veut savoir si je suis bien allée au musée ! Je confirme. Il ira à son tour cet après-midi. Je parle ensuite un long moment à Emilie, papa et maman, puis à Lamia qui me propose d'aller à l'aquarium de San Francisco avec toute sa famille. Ils viennent me chercher à 13 heures. Les madeleines sont prêtes mais je les oublie, trop occupée que je suis à parler à Pierre qui vient d'appeler. On les mangera ce soir. Nous roulons tout droit jusqu'au bout de la péninsule et nous garons tout près de Fort Mason, juste en face d'Alcatraz. Le soleil est chaud, le ciel tout bleu. Nous nous approchons d'une plage. On aperçoit les membres du Dolphin Club qui nagent dans l'eau glaciale. Mais il y a aussi quelques enfants qui s'éclaboussent. Inès nous demande "where is my maillot?" : elle aimerait bien jouer dans les vagues elle aussi. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour. Nous montons jusqu'au parc un peu plus haut, d'où l'on observe une régate sur la baie, non loin du Golden Gate Bridge qui se détache, tout rouge sur fond bleu. Nous jouons un bon moment dans l'herbe. Sarah fait la sieste tranquillement dans son landeau. Puis nous marchons jusqu'à Pier 39 pour aller voir les sea lions qui se disputent, en poussant leur cri inimitable, une place au soleil sur une des barges installées exprès pour eux. La foule est dense, nous nous éloignons et allons boire un coup dans un café. Et nous reprenons la route vers lu sud après cette bonne journée de farniente familial, sans aller voir l'aquarium (il faisait bien trop beau pour s'enfermer).
  • Le reste de la semaine passe bien vite, entre le yoga, l'espagnol, un repas "entre filles", et le travail, ponctué de réunions "mangeuses de temps" mais néanmoins nécessaires. Le célibat est moins drôle que les premiers jours : j'ai hâte de retrouver Pierre et ma vie "normale". Mais je n'ai heureusement pas le temps d'y penser. Jeudi arrive très vite et voilà déjà la fin de cette semaine un peu particulière !

11 octobre 2005

Meeting aérien à Salinas

Il y a une semaine et demie nous sommes allés à Salinas, ville natale de Steinbeck (environ une heure au sud de la Silicon Valley, en pleine Californie agricole) voir un meeting aérien international, dans le petit aéroport municipal. C'est André qui en avait eu l'idée, lui qui est passionné d'aviation (il est d'ailleurs instructeur de vol et se souvient avec nostalgie de ses nombreuses heures de planneur au-dessus du Massif Central et des châteaux de la Loire, entre autres).

Au sol les avions étaient de toutes tailles et de toutes époques : la deuxième guerre mondiale, la bataille du Pacifique, pour les plus anciens. Des convois postaux, des avions militaires, des jets, des biplans, que sais-je. Au-dessus de la piste, en face des spectateurs, les numéros de voltige se sont succédés : pirouettes en tous genres et dans tous les sens, frisant le sol la tête en bas, piquant du nez ou montant à la verticale, ou faisant presque du sur-place. Petits coucous et gros jets en formation. Très impressionnant, surtout pour des novices !

Nous sommes rentrés avec de belles photos-souvenirs, et un coup de soleil digne d'une journée au ski !

06 octobre 2005

Septembre

Aïe aïe aïe... Le temps court plus vite que moi ! Septembre est passé si vite que nous n'avons pas eu le temps de dire ouf. Je n'arriverai jamais à raconter les mille et unes petites anecdotes qui ont fait notre quotidien en cette fin d'été 2005. Adoptons une fois encore le style "synthétique" (tout est relatif !) pour pouvoir tourner la page et reprendre une rédaction plus fréquente.

Voici donc septembre "dans une coquille de noix", comme ils disent ici :

  • Le week-end à Washington est déjà presque un lointain souvenir. Ne restent que les bonnes impressions : le soleil, le sentiment d'être entouré d'histoire, de culture, de vie politique, de marbre et de brique rouge. Il faudra y retourner pour entrer dans les détails, passer plus de temps dans chaque musée, voir les cerisiers du Japon en fleur, manger dans de plus nombreux restaurants. Je repense avec émotion aux fabuleux tapas de Jaleo. Hmmm... Les seiches dans leur encre me font encore saliver ! Pour les détails de ce beau week-end vous pouvez aller voir toutes nos photos sur Hémisphère Ouest (désolée, nous n'avons pas encore eu le temps de faire le tri...).

  • Les jolis petits écureuils au fond du jardin ont arrêté de hurler : ils se sont mis à grater partout pour enterrer des noix ou tout ce qui leur passe sous le nez, laissant derrière eux un véritable carnage, des plantes déterrées, des trous dans les pots de fleurs et dans le sol. Notre ami Vince a l'esprit pratique : il nous a prêté un piège. Quelques cacahuètes ("grillées à sec, non salées" a-t-il précisé) les attirent dans la cage qui se referme une fois les cacahuètes englouties : il suffit de relâcher l'animal dans un parc, si possible de l'autre côté de l'autoroute... La "chasse" a été plus fructueuse que nous l'espérions : à notre actif, neuf écureuils, quatre moineaux et une petite souris grise qui sont allés repeupler les bords de la Baie. Le voisin ayant déménagé avec son chat, le jardin est bien vide à présent. Mais au moins les tomates poussent en toute sérénité !

  • Notre ami Mike a été accepté à l'université de Los Angeles, UCLA, pour un MBA. Les études dureront deux ans. Il a donc quitté Kodak quelques jours avant la rentrée des classes, mi-septembre, au grand désespoir de tous ses collègues, nous les premiers. Failop l'a suivi : elle travaillera toujours pour Kodak, mais de la maison, ce qui n'est pas très gênant puisque la plupart ses clients sont en "Californie du Sud" (Los Angeles, San Diego). Nous les avons aidés à demenager il y a deux semaines. Les pauvres n'ont eu que des ennuis, du camion qui n'était pas la le jour-J à la porte qui se referme avec les clés et téléphones portables à l'intérieur. Mais après tous ces déboirs ils ont l'air de prendre leurs marques dans le beau quartier de Westwood, non loin de l'université, de Santa Monica, de de Bel Air et Beverly Hills... Nous irons leur rendre visite dès que possible.

  • La première goutte de pluie depuis le mois de mai (peut-être même avril, c'est si loin qu'on ne se souvient plus) est tombée le 20 septembre : 1 millimètre d'eau (!) est tombé sur Sunnyvale en quelques minutes, après l'arrivée de gros nuages sombres, de nombreux éclairs et coups de tonnerre qui ont surpris tout le monde. L'orage, sur son court passage, est venu couper l'électricité dans la rue où nous travaillons. Nous étions dans le noir complet et le désœuvrement nous a poussés à rentrer chez nous en plein après-midi. Toute la rue s'est vidée en une heure. Sans ordinateur on ne peut absolument rien faire. Depuis plus une goutte. Le ciel a repris son bleu habituel, tacheté de quelques nuages en fin de journée (juste assez pour créer de superbes couchers de soleil). Il fait légèrement plus frais le soir, les couleurs deviennent plus chaudes et plus mélancoliques, la lumière est moins agressive. L'odeur de l'air, aussi indéfinissable et imperceptible soit-elle, me plonge dans une douce nostalgie. Ce sont les plus beaux jours de l'année.

  • Le mois s'est fini en allemand ! Sébastien, qui a fait un stage d'un an chez National Semiconductor en 2002/2003 (nous l'avions recruté à CPE Lyon) travaille désormais à Munich dans notre ancienne entreprise (plus exactement a Fürstenfeldbruck, banlieue ouest de Munich où nous avons passé six mois en 2001). National l'a envoyé en stage à San Diego et à Santa Clara : il en a profité pour venir passer deux semaines de vacances en Californie avec son amie Karin, une mignone petite bavaroise aux longs cheveux bruns et au regard pétillant, qui ne parle ni français ni anglais. Il nous a donc fallu ressortir nos plus belles phrases dans la langue de Goethe, partie aux oubliettes depuis que nous parlons anglais tous les jours. Les premières phrases ont été laborieuses et comiques, selon les points de vue. "Wir haben Orangen juice und milk" etc... Quelques mots d'espagnol sont venus se glisser au milieu de ce charabia. Mais après quelques heures nous étions déjà un peu plus à l'aise. J'irai jusqu'à dire que nous avons reparlé allemand avec plaisir. Et nous n'étions pas peu fiers d'étaler nos connaissances linguistiques !

  • Je passe sur les autres petites aventures du quotidien, ma nouvelle prof de yoga Mojdeh, les lunches entre filles chez Lamia, l'arrivée de notre nouveau collègue Paul, le cours de corde à sauter auquel Failop m'a trainée avant son départ, la délicieuse soupe de "butternut squash" réalisée avant-hier dans un élan d'exploration de la cuisine américaine (un régal, cette soupe), les 94 ans de Mamie et la hanche cassée de Mémé, qui en a 95, la reprise des cours d'espagnol en groupe à Homestead Highschool avec Wanda et des étudiants bien sympas, les conversations en français avec Vince qui est parti voir Ed, Anne-Sophie et Luc à Paris et à Nice, la lecture de son roman Nausica qui prend forme, mes nouvelles addictions au forum de Marmiton et au blog de Celeste (une amie de Vince), etc etc...

Ouf ! Me voilà à jour. Octobre peut commencer. Mais... Nous sommes déjà le 6. La course contre le temps ne s'arrête jamais...