Nouvelles de Californie

07 novembre 2005

Retrouvailles à Ottawa

Des retrouvailles à la fois heureuses et inédites ont eu lieu il y a bientôt deux semaines : nous avons rejoint ma sœur Emilie à Ottawa, à des milliers de kilomètres de chez elle, des milliers de miles de chez nous, dans l'étroit hall d'entrée du Conservatoire de Musique de Gatineau. Emilie ne croyait pas trop que nous puissions nous retrouver avec autant de facilité. Et pourtant : il a suffit à chacun de prendre l'avion et de se donner rendez-vous à 15 heures le 27 octobre, dans cette ville où aucun de nous n'a la moindre attache.

Enfin.... pas tout à fait. Emilie et moi, avions déjà visité la capitale fédérale du Canada en 1995, accompagnées de nos cousins Hugues et Thibaut, et d'une vingtaine de membres de la famille Payan (famille par alliance d'Alberte, la marraine d'Alain, notre oncle, le père d'Hugues et Thibaut -vous suivez toujours ?), venus à la rencontre de leurs cousins Payan, débarqués il y a plus d'un siècle du Trièves (Isère) dans la Belle Province Québécoise. *

Dix ans plus tard c'est avec un tout autre groupe qu'Emilie s'est déplacée : le chœur Calliope était convié au Festival de Musique Sacrée de l'Outaouais, pour y donner son concert Les Ave Maria du Monde. Nous n'allions pas rater la première apparition sur scène de La Diva au Nouveau Monde ! En achetant nos billets un peu en avance nous n'avons pas commis la même erreur que fin août, où nous avions été très dépités de devoir renoncer à rejoindre nos amis Laetitia et Bastien à Montréal.

15 heures le 27 octobre boulevard Alexandre Taché à Gatineau, nous voilà donc réunis pour quelques jours. Le chœur termine sa répétition derrière une grande porte à double battant. Nous écoutons les voix en cachette pendant un petit quart d'heure en essayant de reconnaître le timbre d'Emilie, mêlé à celui de quinze autres jeunes femmes. Quelle belle entrée en matière ! Vers 15h15 les chanteuses sortent une à une, un beau sourire sur les lèvres. Voilà Emilie. Chouette ! On s'est retrouvés !

Nous passons la première après-midi au Musée des Civilisations, où nous redécouvrons (première visite il y a dix ans mais sans Pierre) l'histoire des premiers colons canadiens dans une exposition grandeur nature et l'art des autochtones, où se juxtaposent les immenses totems, les tout petits objets décorés de perles, les contes et les traditions. Vers 19 heures nous rejoignons les calliopettes pour dîner mais finissons par faire plusieurs groupes... Nous sommes trop nombreux ! Nous suivons Régine (la chef de chœur), Christian (le manager), Maëlle, Charlotte, Laetitia et Marion dans un restaurant de poisson où Pierre et moi jouons aux traducteurs pour aider la serveuse anglophone qui fait quand même gentiment l'effort de nous parler français.

Vendredi Emilie nous retrouve devant le Château Laurier après s'être entraînée pour le concert du soir-même. Nous nous baladons au marché By, salivons devant les boucheries, traiteurs et nous asseyons finalement dans un café autour de soupes et de quiches. L'après-midi nous visitons le Parlement: d'abord la tour, inspirée de Big Ben, et son somptueux panorama. Les arbres ont perdu quelques feuilles mais certains sont encore tout rouge et or. Ensuite le bâtiment central : la chambre des communes, le sénat... la "salle des bousculades" où se pressent les journalistes à l'affût d'un scoop. A notre grande déception la bibliothèque est en rénovation. Nous ne reverrons pas la statue de Victoria, toute blanche au centre de l'immense salle circulaire en chêne, tapissée de milliers de livres. Dommage, celà m'avait laissé une forte impression la première fois.

A 15 heures Emilie doit se rendre à l'église Sainte-Anne, Ancienne rue Saint Patrick. Nous l'accompagnons puis faisons une grande boucle dans la ville, au bord de la rivière des Outaouais et des chutes Rideau. Notre promenade se termine à l'hôtel où nous faisons une pause en cherchant un restaurant. Les spécialités canadiennes ne sont pas nombreuses... Nous finissons non loin du marché By dans une cave à vin où nous sirotons un vin rouge du Canada en mangeant un steak frites un peu trop cuit. Peu importe, l'événement de la soirée, c'est le concert Calliope à 20 heures ! Nous nous dépêchons de rejoindre l'église ; Christian nous attend devant la porte avec des invitations ! Quelle délicate attention. Nous nous asseyons. Le spectacle commence : les chanteuses arrivent à pas de fourmis du fond de l'église, cachées derrière les colonnes puis s'avançant dans l'allée centrale en chantant. Les voix emplissent les volumes et les cœurs des spectateurs, instantanément charmés. Régine Theodoresco donne quelques mots d'introduction avant chaque pièce, que nous apprécions d'autant plus. Chaque nouvel Ave Maria est plus beau que le précédent. Les voix se détachent, on reconnaît à présent le timbre de chacune. Le public applaudit chaudement. Mais l'air qui fait le plus d'effet est le célèbre Ave Maria de Gounod, chanté en solo par Emilie. Malgré son mal de gorge elle le chante à merveille, au point de faire pleurer Sophie, sur scène. Tonnerre d'applaudissements, debout ! C'est tout à fait mérité. Que c'est beau ! Le concert se termine par une standing ovation, un bis et de nombreuses félicitations. Nous faisons connaissance avec la dame qui loge Emilie et Laetitia, nous nous organisons pour le lendemain et rentrons, le cœur léger.

Samedi matin, rendez-vous devant le Château Laurier, nous retournons au marché By acheter du sirop d'érable, choisissons le plus foncé ("ambré") qui est délicieux, faisons un petit tour vers le canal Rideau et retrouvons Aude et Sophie pour déjeuner. Le choix n'est encore pas terrible : nous trouvons quelque chose au centre Rideau, immense galerie marchande en face du château. Il nous reste quelques heures avant le départ pour visiter le Musée des Beaux Arts. L'entrée tout en verre est immense. On monte au premier étage du musée par une rampe en pente douce. L'arrivée dans ce temple de l'art est très cérémonieuse. Cet étage est consacré aux artistes canadiens de toutes les époques. Très beaux portraits et paysages. Plus loin on entre dans une chapelle qui a été reconstruite en plein musée et dans laquelle on peut écouter un chœur qui répète grâce à des hauts-parleurs qui mettent le son en espace. Quelques pièces sont consacrées à l'art contemporain. Le deuxième étage est réservé à l'art européen et américain. On progresse jusqu'au XXème siècle en parcourant les salles. Les peintres les plus célèbres sont réunis : Degas, Seurat, Monet, Picasso, Van Gogh, Matisse, Gauguin, Renoir, Cezanne, Chagall... On termine la visite par les ready-made de Marcel Duchamps.

Mais voilà, il faut repartir pour San Francisco, par Chicago. Déjà ! Ces quelques jours en compagnie d'Emilie sont passés bien vite. Calliope prendra l'avion le lendemain après une soirée québécoise chez les familles d'acceuil. Avant de nous quitter Emilie nous donne sa copie du dernier CD de Calliope que nous écouterons encore et encore pour ne pas laisser s'effacer le souvenir de ce si beau concert et de ces belles retrouvailles.

* Note: difficile de savoir si l'on écrit "québequois" ou "québécois", on trouve parfois les deux orthographes dans le même texte ! Il semblerait qu'une rectification orthographique de 1990, non imposée mais proposée à toute la francophonie, préconise l'emploi de la seconde...