Nouvelles de Californie

26 janvier 2006

On the Radio

Tous les matins nous nous réveillons en musique. KCSM Jazz 91, sans une pub, nous sort des songes à 7h04 (à 7h00, c'est le buzzer qui se charge de nous sortir du coma). Alisa Clancy (A morning cup of jazz) offre à nos oreilles endormies une sélection de musiques tour à tour douces et rythmées, récentes et plus anciennes, où l'on reconnait parfois la voix d'Ella Fitzgerald ou de Louis Armstrong, les airs (orchestrés) de Claude Nougaro... et même la Marseillaise ce matin dans une version inattendue.

Plus tard dans la voiture c'est Michael Krasny que nous retrouvons dans Forum sur KQED (la branche san franciscaine de NPR -National Public Radio). Les sujets sont aussi variés que passionnants dans cette émission qui peut faire penser au Téléphone Sonne de France Inter, avec des sujets qui préocuppent les nord-californiens (politique, environement, société...). Dommage que le trajet jusqu'au bureau ne dure que quelques minutes (heureusement on peut télécharger les émissions gratuitement par podcasting sur leur site)...

Mais ces émissions laissent place deux fois par an à des pledge drives, téléthons radiphoniques qui durent jusqu'à deux semaines d'affilée, et qui permettent à ces chaînes publiques et financées par les auditeurs en grande partie, de récolter des fonds et de rester sur les ondes. On ne peut pas y échapper : toutes les chaînes publiques font leur pledge drive à la même période ! En boucle, les animateurs vous demandent d'appeler le 1-888-etc (numéro "vert") pour devenir membre : donner de l'argent en échange de cadeaux (CDs, billets de concerts, abonnement à des magazines, réductions aux musées...), si l'on veut (ou simple don sans cadeau en retour). Comme les dons sont déductibles des impôts (moins la somme reçue sous forme de cadeau si l'on choisit d'en recevoir un), les radios arrivent à récolter pas mal d'argent de la sorte.

Les arguments sont convainquants. Sur KCSM, la promotion du jazz et des artistes. Dans le cas d'NPR: la seule (ou presque) source d'information non commerciale (donc, on espère, non biaisée) du pays, ça se chouchoute ! Nous participons donc à la promotion de l'information et de la culture libres, et patientons jusqu'au retour de nos émissions favorites.

Mes émissions préférées sur NPR (en fait toutes celles que j'ai l'occasion d'écouter dans la voiture) : Forum, Fresh air, It's your world, All things considered, BBC world service, Car talk...

22 janvier 2006

Sierra Azul

Samedi dernier il pleuvait des cordes, ce qui fait une drôle d'impression dans un coin aussi sec et ensoleillé que le nôtre (Sunnyvale porte en général bien son nom), même s'il pleut un peu en hiver. De grosses gouttes venaient se fracasser sur le toît à grand bruit. Les gouttières débordaient, formant un véritable rideau autour de la terrasse couverte. Mais comme chaque fois qu'il pleut, on avait l'impression de ne voir tomber qu'une fine bruine, hésitant à descendre jusqu'au sol (nous attribuons celà -sans aucune preuve scientifique- à la lumière relativement forte même les jours d'orage, et qui doit "masquer" les gouttes). Une bruine qui fait un boucan d'enfer. Etrange contradiction entre la vue et l'ouie... Toujours est-il que nous étions coincés chez nous samedi, condamnés à enfin vider les valises, encore béantes dans le salon.

Pensant que ce deluge allait se prolonger, nous avons fait le projet d'aller passer l'après-midi de dimanche au cinéma avec André : "Munich" de Steven Spielberg, 2 heures 44. Il fallait bien celà pour passer le temps. Quelle surprise, quand nous avons découvert le ciel tout bleu dimanche matin ! Un changement de programme s'imposait. Pour profiter du soleil nous décidions de nous retrouver à Los Gatos et d'aller marcher dans la montagne (Los Gatos est posée au pied des Santa Cruz Mountains, au sud-ouest de la Silicon Valley).

A 15 heures nous sommes donc devant le petit cinéma de Los Gatos, dans la rue principale de cette ville cossue. Comme toutes les petites villes de l'Ouest (et sans doute des autres régions d'Amérique), la grande rue centrale aux facades de Western est bordée de jolies boutiques, cafés et restaurants, librairies, cinémas. En général il suffit de passer dans la rue d'à côté pour tomber dans les quartiers résidentiels et quitter ce mini centre-ville. Mais, ô surprise, le plan de Los Gatos est rectangulaire !... Les rues avoisinantes sont tout aussi adorables et animées. André nous attend chez Border's, la librairie, installée dans un bel édifice de style espagnol.

Nous reprenons la voiture et quittons Los Gatos. Nous longeons de très belles maisons victoriennes joliment peintes, au toit pointu, avec un porche, et entourées de gros arbres. Nous roulons jusqu'aux collines de la Sierra Azul, prolongement des Santa Cruz Mountains. La route se rétrécie et nous valsons au gré des virages en nous élevant au-dessus de la Baie. Nous passons devant quelques énormes manoirs dont le style (de lourdes immitations de châteaux européens) laisse parfois à désirer. Notre livre (South Bay Trails) nous entraîne presque au sommet du Sierra Azul Open Space Preserve, au Bald Mountain trail, du côté de Mt. Umhunhum. Il y a déjà quelques voitures. Nous nous garons puis marchons jusqu'au point culminant de la balade pour voir se découvrir sous nos pieds l'immense vallée, sur le fond bleu du ciel. Au nord on aperçoit l'eau de la Baie qui est pourtant à plusieurs dizaines de kilomètres. Avant celà, une mer de maisons et d'autoroutes, cachées parmi les arbres et les jardins : c'est San Jose et la Silicon Valley. En face, le mont Hamilton et son observatoire astronomique. Au sud, la Sierra Azul, superbe succession de collines boisées aux reflets bleus et argentés. De délicieux parfums d'anis, de pin, de romarin et d'herbe sèche nous entourent. La terre est rouge comme dans l'Utah. Derrière les montagnes nous imaginons Santa Cruz toute proche, et l'océan Pacifique sous le ciel qui rougit. Nous regagnons le parking au coucher du soleil : les maisons commencent à scintiller au loin. Une bien belle promenade pour un jour "de pluie" !

14 janvier 2006

Les petits poissons

J'étais sur le point d'expliquer comment rentrer en France renforce toujours en moi le sentiment d'être un tout petit poisson dans un océan mouvementé : balloté dans l'immensité des fonds marins, déplacé d'un banc de corail à l'autre en passant par des zones de forts courants, un peu secoué par ces brusques changements d'eaux. Rentrer en France, c'est changer de monde : retrouver la vie de famille, les souvenirs d'enfance. Y superposer le présent, recoller les morceaux avec les êtres chers qui évoluent loin de vous (c'est-à-dire sans vous). C'est essayer d'expliquer la Californie, lointaine et parfois inimaginable pour ceux qui n'y sont jamais allés, et qui est pourtant notre quotidien. C'est passer en quelques heures d'une vie à l'autre et les laisser s'entrechoquer. A la fois distinctes et parallèles, intimement mêlées sans vraiment se croiser, ces vies suivent leur cours dans le même corps et dans la même tête. Pas toujours facile de les laisser cohabiter.
Eh bien je crois que ce sentiment s'estompe, se dompte, évolue. Notre dernier retour en France ne m'a pas donné cette impression de choc entre mes deux mondes. J'ai eu l'impression de ne jamais avoir quitté la France, de m'y sentir parfaitement à l'aise dès les premières minutes. A bien y réfléchir, ce "phénomène" (être capable de bien distinguer deux univers) est similaire à celui de l'apprentissage d'une langue : d'abord on est submergé par la nouveauté, on ne pense qu'à elle. Ensuite la confusion est totale : on mélange sa langue maternelle et la nouvelle. Enfin on maîtrise les deux sans qu'elles se marchent sur les pieds. Je suis contente d'avoir enfin atteint ce stade de sérénité !

Nous avons eu des vacances en trois temps. Première demi-semaine : Noël, en commençant par les achats dans le centre de Lyon. Quel plaisir de se balader rue Edouard Herriot, rue de la République ou place Bellecour, encore toutes décorées des lumières du 8 décembre. Les boutiques de la presqu'île sont pleines de souvenirs d'adolescence. Elles ont aussi l'avantage d'être bien plus attrayantes que celles de la Baie, où Noël est tellement stéréotypé qu'on ne peut rien trouver qui ne soit rouge ou doré, quel que soit l'objet. Vinrent ensuite les fêtes : réveillon à Caluire, journée de Noël à Francheville puis quelques heures à Chassieu pour pouvoir profiter de la présence de tout le monde. Nos papilles ont été aussi gâtées que nous, couverts de cadeaux attentionnés.

Deuxième acte : la neige. Nous avons passé cinq jours à Villard-de-Lans, où mes parents ont un studio aux Glovettes, face à la montagne. Par la porte-fenêtre on ne voit aucun autre immeuble : seulement le Vercors tout blanc de neige, et les enfants qui jouent dans leur luge. Les voisins et amis nous ayant loué leur studio nous avons pu inviter les parents de Pierre et son frère Matthieu quelques jours pour profiter tous les 8 du ski, de la Raclette et des températures frigorifiantes. Une autre fête au passage : les 26 ans de ma soeur Emilie.

En rentrant, re-Noël tardif et Nouvel An, puis une semaine citadine où nous avons découvert tour à tour la fascinante exposition Braque Laurens au musée des Beaux Arts, place des Terreaux, et la naissance de Lugdunum au musée gallo-romain de Fourvière. Nous sommes retournés en ville, à la Croix-Rousse, dans le 6ème et au parc de la Tête d'Or. Nous sommes allés au cinema : Palais Royal (dans une cave voûtée aux 8 Nefs) et La Verité Nue en VO, cours Vitton. Nous nous sommes laissés tentés par l'andouillette de la Mère Cottivet, le cidre en "fillette" (un pot lyonnais en plus petit) au Pain Quotidien, le chocolat chaud au Grand Café des Négociants, avons fait un pellerinage au Palais d'Or près de notre ancien appartement de la rue Bossuet. Nous avons rendu visite à Blandine, Laurent et le beau petit Etienne à Valence, avons parlé de choses et d'autres avec mes grands-mères Rose et Marguerite. Emilie a chanté pour nous quelques pièces de Mendelssohn, Dvorjak, Haydn...

Tous ces instants précieux, nous les avons rapportés avec nous en Californie, où notre "autre vie" a déjà recommencé : le travail, les amis, les projets de voyage... Et nous ne perdrons pas Lyon de vue.

10 janvier 2006

Eloges pour Calliope

Bonne année à tous !

Le récit de nos délicieuses vacances de Noël devra attendre quelques jours, le temps de reprendre nos esprits, nos marques, et que j'aie une bonne heure devant moi pour décrire les mille et uns plaisirs que nous ont réservées ces retrouvailles familiales.

En attendant voici de quoi se réjouir grandement : le CD de Calliope Ave Maria du Monde (Emilie chante sur toutes les plages, mais elle chante en solo le Gounod, plage 17 !) reçoit d'excellentes critiques, comme celle de ClassicsToday:

Disque "populaire" par son titre, mais disque intelligent et bien ficelé. Bien ficelé, car l'agencement du programme est judicieux et la prise de son bien adaptée au répertoire. Intelligent, parce que, dans la recherche de compositions mariales, les interprètes n'ont pas hésité à puiser, outre les quelques classiques de Schubert, Gounod, Palestrina, Monteverdi, Kodaly ou Poulenc, dans le répertoire contemporain, avec des compositeurs tels que Javier Busto, David McIntyre, Paul Chihara, Ramona Luengen, Miklos Kocsar ou le désormais inévitable John Tavener.

Depuis son disque Poulenc, l'ensemble vocal Calliope de Regine Théodoresco a confirmé sa grande qualité et, à nouveau, même dans les œuvres avec solo (Schubert et Gounod), on admirera la belle couleur d'ensemble, le chant sans afféteries, les timbres clairs mais pas trop blancs - une belle alchimie de timbres complémentaires, en fait.

Qu'on ne s'effraie pas: les œuvres de compositeurs vivants n'ont rien de redoutable en termes de difficulté d'écoute, ce sont des partitions de créateurs qui écrivent "pour chœur" et non contre lui. On remarquera que certains (Tavener, Chihara) cherchent l'effet d'écho donné par un empilement de strates sonores successives. Tavener le coule bien dans sa composition; mais chez Chihara, cela apparaît plus comme un procédé.

Sous un extérieur banal et déjà vu ("Ave Maria"), ce disque nous propose un périple original et de haute tenue, magnifiquement interprété.

--Christophe Huss

Vous pouvez écouter des extraits du disque sur le site de la Fnac et d'Amazon. Et ensuite il faut l'acheter ! C'est de toute beauté.