Nouvelles de Californie

14 janvier 2006

Les petits poissons

J'étais sur le point d'expliquer comment rentrer en France renforce toujours en moi le sentiment d'être un tout petit poisson dans un océan mouvementé : balloté dans l'immensité des fonds marins, déplacé d'un banc de corail à l'autre en passant par des zones de forts courants, un peu secoué par ces brusques changements d'eaux. Rentrer en France, c'est changer de monde : retrouver la vie de famille, les souvenirs d'enfance. Y superposer le présent, recoller les morceaux avec les êtres chers qui évoluent loin de vous (c'est-à-dire sans vous). C'est essayer d'expliquer la Californie, lointaine et parfois inimaginable pour ceux qui n'y sont jamais allés, et qui est pourtant notre quotidien. C'est passer en quelques heures d'une vie à l'autre et les laisser s'entrechoquer. A la fois distinctes et parallèles, intimement mêlées sans vraiment se croiser, ces vies suivent leur cours dans le même corps et dans la même tête. Pas toujours facile de les laisser cohabiter.
Eh bien je crois que ce sentiment s'estompe, se dompte, évolue. Notre dernier retour en France ne m'a pas donné cette impression de choc entre mes deux mondes. J'ai eu l'impression de ne jamais avoir quitté la France, de m'y sentir parfaitement à l'aise dès les premières minutes. A bien y réfléchir, ce "phénomène" (être capable de bien distinguer deux univers) est similaire à celui de l'apprentissage d'une langue : d'abord on est submergé par la nouveauté, on ne pense qu'à elle. Ensuite la confusion est totale : on mélange sa langue maternelle et la nouvelle. Enfin on maîtrise les deux sans qu'elles se marchent sur les pieds. Je suis contente d'avoir enfin atteint ce stade de sérénité !

Nous avons eu des vacances en trois temps. Première demi-semaine : Noël, en commençant par les achats dans le centre de Lyon. Quel plaisir de se balader rue Edouard Herriot, rue de la République ou place Bellecour, encore toutes décorées des lumières du 8 décembre. Les boutiques de la presqu'île sont pleines de souvenirs d'adolescence. Elles ont aussi l'avantage d'être bien plus attrayantes que celles de la Baie, où Noël est tellement stéréotypé qu'on ne peut rien trouver qui ne soit rouge ou doré, quel que soit l'objet. Vinrent ensuite les fêtes : réveillon à Caluire, journée de Noël à Francheville puis quelques heures à Chassieu pour pouvoir profiter de la présence de tout le monde. Nos papilles ont été aussi gâtées que nous, couverts de cadeaux attentionnés.

Deuxième acte : la neige. Nous avons passé cinq jours à Villard-de-Lans, où mes parents ont un studio aux Glovettes, face à la montagne. Par la porte-fenêtre on ne voit aucun autre immeuble : seulement le Vercors tout blanc de neige, et les enfants qui jouent dans leur luge. Les voisins et amis nous ayant loué leur studio nous avons pu inviter les parents de Pierre et son frère Matthieu quelques jours pour profiter tous les 8 du ski, de la Raclette et des températures frigorifiantes. Une autre fête au passage : les 26 ans de ma soeur Emilie.

En rentrant, re-Noël tardif et Nouvel An, puis une semaine citadine où nous avons découvert tour à tour la fascinante exposition Braque Laurens au musée des Beaux Arts, place des Terreaux, et la naissance de Lugdunum au musée gallo-romain de Fourvière. Nous sommes retournés en ville, à la Croix-Rousse, dans le 6ème et au parc de la Tête d'Or. Nous sommes allés au cinema : Palais Royal (dans une cave voûtée aux 8 Nefs) et La Verité Nue en VO, cours Vitton. Nous nous sommes laissés tentés par l'andouillette de la Mère Cottivet, le cidre en "fillette" (un pot lyonnais en plus petit) au Pain Quotidien, le chocolat chaud au Grand Café des Négociants, avons fait un pellerinage au Palais d'Or près de notre ancien appartement de la rue Bossuet. Nous avons rendu visite à Blandine, Laurent et le beau petit Etienne à Valence, avons parlé de choses et d'autres avec mes grands-mères Rose et Marguerite. Emilie a chanté pour nous quelques pièces de Mendelssohn, Dvorjak, Haydn...

Tous ces instants précieux, nous les avons rapportés avec nous en Californie, où notre "autre vie" a déjà recommencé : le travail, les amis, les projets de voyage... Et nous ne perdrons pas Lyon de vue.