Nouvelles de Californie

25 mai 2006

Histoires marrantes mais insignifiantes

Les petites anecdotes de ces derniers jours...

  • Jeudi dernier après le cours d'espagnol nous nous sommes rendus au JJ's Blues, un petit bar de Santa Clara, perdu sur l'immense Stevens Creek Boulevard au milieu des concessions automobiles et des magasins de meubles. Notre ami Doug et son groupe, Lil' Wolf and the Hellcats, animaient la petite salle sombre d'airs entraînants. Le public était on ne peut plus hétéroclite. Aux tables les plus proches de la scène, Kathy (la femme de Doug, enceinte jusqu'aux yeux), avec sa mère et deux de ses frères et soeurs, la copine du chanteur et nous deux. Sur la piste, un couple venu tout spécialement pour danser (ils sont entrés avec un petit sac contenant leurs chaussures de danse), quelques habituées aussi enrobées qu'enthousiastes, et le patron hilard aux cheveux hirsutes, petit bouc et bretelles. Au fond, des clients de tous les styles vestimentaires (mais plutôt mal habillés; c'est la Silicon Valley, pas San Francisco !) venus pour les bières, le whisky et le billard.

  • Vendredi soir nous étions invités chez Rob et Wendy à San Francisco. Ces anciens voisins de Roland, qui sont devenus ses amis et les nôtres, déménagent. Ils quittent un superbe appartement au bord du Golden Gate Park pour retourner dans le vivant quartier de la Mission. En prenant des nouvelles d'une de leurs amies mexicaine, Maite, avec qui nous étions allés skier il y a quelques années, nous avons appris qu'elle vit désormais à Guadalajara ! Je l'ai contactée tout à l'heure et nous allons nous voir ce week-end. Le monde est si petit au XXIème siècle ! Quelle drôle de sensation.

  • Samedi c'était le dernier jour de l'exposition Calder au SFMOMA. L'occasion était trop belle de passer notre première nuit à San Francisco, puisque nous y étions déjà vendredi soir, et d'aller voir l'expo samedi matin ! Notre chambre au Mosser, un joli hôtel 2 étoiles tout rénové, de style art déco, était toute petite mais vraiment charmante, très moderne, et juste en face du MOMA. Quel plaisir de se réveiller en ville, d'aller boire un thé (bio !) dans la fraîcheur des rues qui se réveillent ! Et quel dommage que nous travaillions trop loin pour vivre ici (certains le font mais nous ne nous sentons pas le courage de faire 2 heures de voiture tous les jours) ! A onze heures nous étions au museum store du MOMA, pour saluer Desirée, l'amie de notre collègue Eric, et la remercier pour les deux entrées gratuites (avec lesquelles on n'a pas eu besoin de faire la queue !). Au quatrième étage nous avons pu suivre l'évolution d'Alexander Calder, des sculptures en fils de fer (acrobates, poissons, Hercule et le lion...) aux "stabiles" puis aux mobiles... Les jeux de lumière sur ces suspensions monumentales mais si délicates étaient très réussis. Nous avons aussi vu les autres expositions : photo surréaliste (Marcel Duchamp, Man Ray), photos du tremblement de terre de San Francisco en 1906, etc. Le MOMA est vraiment à voir et à revoir.

  • J'ai acheté des billets pour aller voir Charles Aznavour à Saratoga en septembre ! L'occasion de voir cette immense star en Californie sur une petite esplanade, devant une vieille église qui a traversé l'Atlantique en bateau, me paraissait suffisamment incongrue pour ne pas la rater. Je suis aussi curieuse de découvrir le public (sans doute un mélange de Français expatriés et d'Américains amoureux de La Bohême)...

  • Pierre a fait de la mécanique ce week-end (changement des capteurs d'oxygène autour du pot catalytique, rien que çà !) et est désormais copain avec tous les mécanos du quartier ! En particulier notre voisin Mark qui lui a dit avoir passé toute sa vie à Sunnyvale. Il y a une vingtaine d'années à peine la Silicon Valley était couverte de vergers. On pouvait traverser la 101 à pieds (maintenant c'est une autoroute 4 ou 5 voies dans chaque sens).

17 mai 2006

Mexico, Mexi-hiiiiiiiiiii-co !

Finalement les heures sup' ont du bon même en Amerique. Les quelques samedis travaillés le mois dernier vont être dûment rattrappés fin mai... au Mexique ! Nous partons toute une semaine en combinant un jour de congé (Memorial Day, le 29 mai) avec ces jours de compensation. Nous avions déjà eu droit à un tel traitement de faveur (qui est loin d'être de coutume par-ici : il faut négocier dur) en 2004, après avoir travaillé 7 jours sur 7, plus de 12 heures par jour pendant un mois et demi. Nous avions alors pu partir deux semaines au "Far West" : les parcs nationaux de l'Utah (un voyage dont je garde un souvenir impérissable et que vous pouvez découvrir en photos ici : approchez-vous de chaque point de la carte pour ouvrir les albums. Ne ratez pas mes favoris : Antelope Canyon, Mesa Verde, Arches).

Cette année nous renouvelons donc l'expérience des "grandes vacances" hors de France. Je parle de grandes vacances car dans le portrait émerveillé que je dresse de l'expatriation en Californie sur ce blog, voilà bien un point sombre : nous n'avons que 3 semaines de congés payés et 10 jours feriés par an (3 semaines, c'est une de plus que pour la plupart des gens : un vrai luxe). Hors ces trois semaines, nous les passons en France, et c'est déjà bien peu de temps à consacrer à notre famille et à nos amis lyonnais. Ne restent que les longs week-ends pour parcourir l'Amérique, comme vous avez pu le constater au fil de ces pages. Nous sommes donc particulièrement enthousiastes à l'idée de passer 8 jours tout entiers loin du bureau !


Comme il faut rentabiliser au mieux ces vacances, nous partirons dès le vendredi soir à minuit et ne reviendrons que le dimanche soir de la semaine suivante, tard le soir. Il a été bien difficile de choisir une destination dans ce grand pays si varié... Finalement nous allons passer les trois premiers jours à Guadalajara, la deuxième plus grande ville après México, mais paraît-il bien plus calme et pourvue d'un climat printanier tout à fait charmant. Nous avons un hôtel en plein centre historique, tout près de la cathédrale, des parcs et des belles fontaines, des maisons de style colonial. Nous reprendrons ensuite l'avion jusqu'à Cancún, où nous avons loué une voiture pour quelques jours, pour aller visiter les ruines Maya (Tulum, Coba, Chichen Itza), les jolies villes du Yucatán (Villadolid, Mérida), et tremper les pieds dans l'eau bleue des caraibes. Nous repartirons de Merida directement. Cette boucle (San Jose - Guadalajara, Guadalajara - Cancún, Mérida - San Francisco) n'est presque pas plus coûteuse qu'un aller-retour tout simple San Jose - Guadalajara, profitons-en ! Nous partons bien entendu avec un carnet de notes et un appareil photo... Ce qui me permettra de vous raconter notre voyage à notre retour et de le prolonger un peu par la pensée.


En attendant ces vacances improvisées à la presque-dernière minute, nous continuous à explorer la Baie. Dimanche dernier nous sommes allés marcher avec nos amis Dean et Farrah dans un parc au sud de San Jose (Calero Park) où nous avons eu l'impression d'être en pleine nature à quelques miles de l'agglomération, qui s'est vite faite oublier. De beaux chênes (trois espèces d'après le guide) à l'ombre fraîche, sur des collines encore vertes mais plus très fleuries (il faisait très chaud dimanche), un joli plan d'eau et quelques étangs épars, peuplés d'oiseaux. Une ferme : nous avons croisé des chevaux et de gros dindons. Quelques heures plus tôt nous essayions des Audi au salon "The Streets of Tomorrow" de Mountain View. La veille nous avons vu un film hilarant que je conseille à tout le monde : Kinky Boots. Dans le jardin, les plantes aromatiques et les pieds de tomate poussent à toute allure. Le néflier (du Japon) croule sous les fruits qu'il faudra ramasser vite. "Notre" oiseau (je crois que c'est un "mocking bird") a repris son chant étonnant (il imite toutes les alarmes de voiture du quartier, dès l'aube).

09 mai 2006

Théâtre à San Rafael

Voilà, ca y est. Nous avons terminé deux gros projets samedi soir après de longues semaines de travail intensif et stressant. Nous avons la paix pour un jour ou deux avant d'entammer de nouvelles réjouissances... Le métier "d'ingénieur développement" (je ne sais même pas si ça se dit comme ça, n'ayant jamais travaillé en France...) est plein de rebondissements, de bonnes et de moins bonnes surprises. Plein d'à-coups aussi. Certaines périodes sont relativement "calmes" : on laisse aux "cerveaux" le temps d'inventer de nouvelles solutions miracles pour les produits du futur. D'autres sont beaucoup plus chaotiques, en particulier dans les dernières semaines d'un projet, lorsqu'il faut envoyer en fabrication le circuit fraîchement conçu, ou à son retour d'usine lorsqu'il faut le tester. Nous sommes dans ce mode de fonctionnement endiablé depuis des mois (octobre, plus précisemment), sortant de nouveaux capteurs les uns après les autres, sans relâche. Et malgré toute la satisfaction que nous apporte ce travail ("le goût de l'effort", etc.), ça fatigue !

Heureusement le beau temps est enfin là, et bien là. Il y a déjà un peu plus d'une semaine, nous avons pu profiter de notre premier dimanche au soleil, dans ce qui ressemblait presque à une partie de campagne. A 10h30 dimanche 30 avril, Vince et Tammy sont venus nous chercher dans leur belle Toyota Prius hybride toute neuve et toute rouge. Le pique-nique dans le coffre, nous avons roulé jusqu'à San Rafael, au nord de San Francisco, quelques miles après le Golden Gate Bridge. Après la traversée du célèbre pont on commence à voir sur l'eau de drôles de maisons-bateau. La jolie petite ville de Sausalito fait face à San Francisco, de l'autre côté de la baie. Encore quelques miles et nous voilà à San Rafael. L'université Dominican où nous allons assister à un festival de théâtre régional (Fringe of Marin Festival) est adorable : des pelouses toutes fraîches, de belles maisons victoriennes où s'accrochent de lourdes glycines au parfum sucré. Nous entrons dans l'une d'elles où doit nous attendre Carol, une amie de Vince et Tammy dont la pièce a été sélectionnée pour le festival. Le vieux plancher craque, la pièce est emplie de l'odeur froide et poussiéreuse d'une cheminée n'ayant pas servi depuis trop longtemps. Aux murs sont exposées des scènes de chasse dans le style anglais d'il y a quelques siècles. Et dans ce décor qui renvoie en Europe, bien loin des buildings banals de la Silicon Valley, se promènent en petits shorts des étudiantes se préparant à aller bronzer sur l'herbe !
Nous installons notre pique-nique sous un immense magnolia en attendant le début du festival. Vince et Tammy ont fait les choses bien : vin, fromage, olives... Et nous dégustons les délicieux paninis préparés par Pierre. Le temps s'arrête et nous laisse respirer pendant quelques heures.
A deux heures nous retournons dans notre belle maison victorienne. La salle n'est pas très grande : peut-être 60 à 80 personnes. Plusieurs spectateurs (americains) comprennent le français (signe que nous sommes en territoire hautement cultivé !) ; nous sommes vite repérés quand Vince me demande de traduire "Ta gueule !" qu'il a entendu dans le film "L'auberge espagnole"... L'organisatrice, sans doute un prof à la retraite (son aisance en public, la façon dont elle s'adresse à nous, mais aussi la passion qu'elle montre pour le théâtre et l'organisation de cet événement ne font aucun doute !) ouvre la cérémonie. Nous allons assister à six pièces courtes en un acte, parmi les 12 présentées ce semestre (le festival a lieu deux fois par an). La lumière s'atténue. Les premiers acteurs entrent en scène. Nous assistons tour à tour à la rencontre improbable et burlesque d'une star hollywoodienne et une de ses groupies le soir de la saint Valentin, l'histoire beaucoup moins drôle d'une jeune femme de l'Alabama, qui n'a pas saisi sa chance de s'émanciper et vit avec un pur matcho qu'elle finit par tuer à coup de poële en fonte, et l'histoire insolite d'une "pleureuse" professionnelle, qu'on paie pour ne pas avoir affaire soi-même au deuil ou toute autre peine. Après l'entracte on commence par la pièce de Carol, qui relate les vicissitudes du théâtre régional (les acteurs sont aux mains d'un metteur en scène invivable qui paraît-il existe vraiment, quelque part en Californie du nord...), puis on nous raconte l'histoire d'une femme de soldat en Irak, et celle d'un couple adultère. Il y a des hauts et des bas, des pièces plus intéressantes ou mieux jouées que d'autres. Mais c'est amusant d'être là, parmi ces 80 personnes dans la petite université de San Rafael que rien ne nous destinait à découvrir un jour ! La vie est pleine de surprises. Le festival se termine par une remise de prix : Carol est élue meilleur écrivain ! Quelle belle conclusion !
Le retour à Sunnyvale n'est pas désagreable non plus : à la sortie du Golden Gate Bridge nous ratons l'entrée d'autoroute et nous perdons dans la parc du Presidio : nous tournons un moment entre les anciens bâtiments militaires dans lesquels George Lucas a installé ses studios, puis traversons un bois d'eucalyptus dont l'odeur est pour moi synonyme de Californie (c'est d'abord avec les narines qu'on décrouvre San Francisco, dès la sortie de l'aéroport !).
Nous finissons la journée par un repas avec nos amis festivaliers et Paolo, notre collègue italien qui vit à Munich, de passage à Sunnyvale pour une semaine, et qui nous prépare tout un festin : salade à l'avocat et aux noix, pâtes au Gorgonzola, poivrons rouges à l'huile d'olive, fraises et myrtilles... arrosés de vin italien.

Voila comment a débuté notre été 2006. Je parle d'été car fin avril, nous avons coupé le chauffage et immédiatement ouvert les fenêtres qu'on ne fermera plus jusqu'en novembre. Le changement de saison s'est fait en une nuit !

Dimanche dernier j'ai assisté a l'une des fêtes américaines les plus typiques : une "baby shower", une fête entre femmes qui précède l'accouchement de l'hôte. Ce jour-là, c'est mon amie Kathy que nous avons couverte de cadeaux (layette, couvertures et draps de bain, jouets...) pour son bébé qui naîtra mi-juin. Pendant ce temps Pierre aidait Sami et Lamia à défaire leurs cartons, après le déménagement du matin-même. La maison qu'ils viennent d'acheter à Sunnyvale est une superbe Eichler avec un atrium, des vitres d'un bout à l'autre du salon et jusqu'au plafond, un beau jardin... Un vrai concentré de Californie.