Nouvelles de Californie

09 mai 2006

Théâtre à San Rafael

Voilà, ca y est. Nous avons terminé deux gros projets samedi soir après de longues semaines de travail intensif et stressant. Nous avons la paix pour un jour ou deux avant d'entammer de nouvelles réjouissances... Le métier "d'ingénieur développement" (je ne sais même pas si ça se dit comme ça, n'ayant jamais travaillé en France...) est plein de rebondissements, de bonnes et de moins bonnes surprises. Plein d'à-coups aussi. Certaines périodes sont relativement "calmes" : on laisse aux "cerveaux" le temps d'inventer de nouvelles solutions miracles pour les produits du futur. D'autres sont beaucoup plus chaotiques, en particulier dans les dernières semaines d'un projet, lorsqu'il faut envoyer en fabrication le circuit fraîchement conçu, ou à son retour d'usine lorsqu'il faut le tester. Nous sommes dans ce mode de fonctionnement endiablé depuis des mois (octobre, plus précisemment), sortant de nouveaux capteurs les uns après les autres, sans relâche. Et malgré toute la satisfaction que nous apporte ce travail ("le goût de l'effort", etc.), ça fatigue !

Heureusement le beau temps est enfin là, et bien là. Il y a déjà un peu plus d'une semaine, nous avons pu profiter de notre premier dimanche au soleil, dans ce qui ressemblait presque à une partie de campagne. A 10h30 dimanche 30 avril, Vince et Tammy sont venus nous chercher dans leur belle Toyota Prius hybride toute neuve et toute rouge. Le pique-nique dans le coffre, nous avons roulé jusqu'à San Rafael, au nord de San Francisco, quelques miles après le Golden Gate Bridge. Après la traversée du célèbre pont on commence à voir sur l'eau de drôles de maisons-bateau. La jolie petite ville de Sausalito fait face à San Francisco, de l'autre côté de la baie. Encore quelques miles et nous voilà à San Rafael. L'université Dominican où nous allons assister à un festival de théâtre régional (Fringe of Marin Festival) est adorable : des pelouses toutes fraîches, de belles maisons victoriennes où s'accrochent de lourdes glycines au parfum sucré. Nous entrons dans l'une d'elles où doit nous attendre Carol, une amie de Vince et Tammy dont la pièce a été sélectionnée pour le festival. Le vieux plancher craque, la pièce est emplie de l'odeur froide et poussiéreuse d'une cheminée n'ayant pas servi depuis trop longtemps. Aux murs sont exposées des scènes de chasse dans le style anglais d'il y a quelques siècles. Et dans ce décor qui renvoie en Europe, bien loin des buildings banals de la Silicon Valley, se promènent en petits shorts des étudiantes se préparant à aller bronzer sur l'herbe !
Nous installons notre pique-nique sous un immense magnolia en attendant le début du festival. Vince et Tammy ont fait les choses bien : vin, fromage, olives... Et nous dégustons les délicieux paninis préparés par Pierre. Le temps s'arrête et nous laisse respirer pendant quelques heures.
A deux heures nous retournons dans notre belle maison victorienne. La salle n'est pas très grande : peut-être 60 à 80 personnes. Plusieurs spectateurs (americains) comprennent le français (signe que nous sommes en territoire hautement cultivé !) ; nous sommes vite repérés quand Vince me demande de traduire "Ta gueule !" qu'il a entendu dans le film "L'auberge espagnole"... L'organisatrice, sans doute un prof à la retraite (son aisance en public, la façon dont elle s'adresse à nous, mais aussi la passion qu'elle montre pour le théâtre et l'organisation de cet événement ne font aucun doute !) ouvre la cérémonie. Nous allons assister à six pièces courtes en un acte, parmi les 12 présentées ce semestre (le festival a lieu deux fois par an). La lumière s'atténue. Les premiers acteurs entrent en scène. Nous assistons tour à tour à la rencontre improbable et burlesque d'une star hollywoodienne et une de ses groupies le soir de la saint Valentin, l'histoire beaucoup moins drôle d'une jeune femme de l'Alabama, qui n'a pas saisi sa chance de s'émanciper et vit avec un pur matcho qu'elle finit par tuer à coup de poële en fonte, et l'histoire insolite d'une "pleureuse" professionnelle, qu'on paie pour ne pas avoir affaire soi-même au deuil ou toute autre peine. Après l'entracte on commence par la pièce de Carol, qui relate les vicissitudes du théâtre régional (les acteurs sont aux mains d'un metteur en scène invivable qui paraît-il existe vraiment, quelque part en Californie du nord...), puis on nous raconte l'histoire d'une femme de soldat en Irak, et celle d'un couple adultère. Il y a des hauts et des bas, des pièces plus intéressantes ou mieux jouées que d'autres. Mais c'est amusant d'être là, parmi ces 80 personnes dans la petite université de San Rafael que rien ne nous destinait à découvrir un jour ! La vie est pleine de surprises. Le festival se termine par une remise de prix : Carol est élue meilleur écrivain ! Quelle belle conclusion !
Le retour à Sunnyvale n'est pas désagreable non plus : à la sortie du Golden Gate Bridge nous ratons l'entrée d'autoroute et nous perdons dans la parc du Presidio : nous tournons un moment entre les anciens bâtiments militaires dans lesquels George Lucas a installé ses studios, puis traversons un bois d'eucalyptus dont l'odeur est pour moi synonyme de Californie (c'est d'abord avec les narines qu'on décrouvre San Francisco, dès la sortie de l'aéroport !).
Nous finissons la journée par un repas avec nos amis festivaliers et Paolo, notre collègue italien qui vit à Munich, de passage à Sunnyvale pour une semaine, et qui nous prépare tout un festin : salade à l'avocat et aux noix, pâtes au Gorgonzola, poivrons rouges à l'huile d'olive, fraises et myrtilles... arrosés de vin italien.

Voila comment a débuté notre été 2006. Je parle d'été car fin avril, nous avons coupé le chauffage et immédiatement ouvert les fenêtres qu'on ne fermera plus jusqu'en novembre. Le changement de saison s'est fait en une nuit !

Dimanche dernier j'ai assisté a l'une des fêtes américaines les plus typiques : une "baby shower", une fête entre femmes qui précède l'accouchement de l'hôte. Ce jour-là, c'est mon amie Kathy que nous avons couverte de cadeaux (layette, couvertures et draps de bain, jouets...) pour son bébé qui naîtra mi-juin. Pendant ce temps Pierre aidait Sami et Lamia à défaire leurs cartons, après le déménagement du matin-même. La maison qu'ils viennent d'acheter à Sunnyvale est une superbe Eichler avec un atrium, des vitres d'un bout à l'autre du salon et jusqu'au plafond, un beau jardin... Un vrai concentré de Californie.