Nouvelles de Californie

31 août 2006

Lyon et Bourgogne

Après une semaine bien remplie en Crète et une belle journée à Athènes, nous avons repris l'avion jusqu'à Lyon le 23 juillet. Mes parents et ma sœur Emilie nous attendaient à l'aéroport de Satolas, équipés de brumisateurs pour nous éviter le choc de la canicule. Il faisait en effet plus chaud qu'en Grèce, et plus lourd, sans l'air de la Méditerranée. Mais notre expédition récente au Yucatán nous permet désormais de tout supporter (ou presque) sans nous plaindre !

Six journées seulement dans notre pays natal, c'est loin d'être assez pour ne pas repartir frustrés (ou frustrer ceux à qui nous sommes allés rendre visite)... Mais nous avons fait de notre mieux pour remplir chaque minute de notre emploi du temps. Nous avons pu voir toutes nos grand-mères (il y en a trois), la plupart de nos oncles et tantes, quelques cousins, deux amis, et avons chéri chaque instant passé avec eux. A défaut de quantité, on se débrouille pour faire dans la qualité ! Et nous avons trouvé le temps de faire un tour en Bourgogne, qui était tellement belle dans les couleurs dorées de l'été (les châteaux aux pierres jaunes, les champs de blé fraîchement moissonnés...) qu'on en était tout nostalgique de ce beau pays que nous avons abandonné il y a déjà plus de 6 ans.

Au château de Cormatin, première étape du circuit concocté par mon père, nous avons suivi une visite guidée passionante à la découverte de l'histoire multiséculaire de ce superbe monument : des caves voûtées à la bibliothèque, en montant par un très bel escalier, le propriétaire du château nous a conté mille et un détails qui ont vraiment donné vie à l'ensemble. Savez-vous par exemple d'où vient l'expression "faire antichambre" ? Ou pourquoi les dorures abondent dans les cabinets de travail ? Vous doutiez-vous qu'on a retrouvé ici des manuscripts d'un opéra célèbre ? Lequel ?... Vous ne voyez pas ? Eh bien je vous conseille d'aller faire un tour à Cormatin* :-)
Les jardins à la française et un chêne énorme, un potager, un canal et quelques charolaises qui ruminent à l'ombre, une grande volière au centre d'un labyrinthe de buis, voilà le décor du château, où nous avons cherché l'ombre et la fraîcheur avant de reprendre la voiture.

En roulant jusqu'à Beaune nous avons fait étape dans une multitude de jolis villages si chargés d'histoire "qu'on en était tout nostalgique de ce beau pays que nous avons abandonné il y a déjà plus de 6 ans" (je sais, je me répète, mais ce fut vraiment mon impression tout au long de ce court voyage): Chapaize, Brancion, Ozenay, Tournus... Les églises romanes, les remparts, les vignes et les champs... C'est très beau.

Emilie nous a rejoints à Beaune par le train dans la soirée. L'hôtel de La Cloche était charmant mais les restaurants difficiles à approcher ! On nous a purement et simplement refusés dans plusieurs établissements bondés ("Vous auriez une table pour cinq ?" "Non.") avant de trouver refuge sur la jolie terrasse de l'hôtel-restaurant La Paix où il nous a fallu un petit moment pour dérider le serveur... Là, "nous n'étions pas nostalgiques de ce beau pays"... etc ! On finit par s'habituer à un service plus chaleureux. Mais à l'arrivee du Côte de Beaune, des escargots et du Chaource, parmi bien d'autres mets délicieux servis ce soir-là, nous étions comblés.

Le lendemain matin nous avons passé la matinée dans les hospices de Beaune où la visite guidée était tout aussi intéressante qu'à Cormatin. Les célèbres toîts colorés n'étaient pas la seule attraction du lieu : un polyptique de Rogier van der Weyden gardé précieusement dans une salle sombre et climatisée était mis en valeur à l'aide d'une énorme loupe télécommandée nous permettant de voir de plus près l'extrême finesse et le réalisme des fourures et des plumes, des mains et des visages, la symbolique cachée dans chaque détail. L'histoire de l'hospice et l'exposition d'outils de chirurgie ou de remèdes aux ingrédients douteux étaient d'un charme très particulier, plein d'humour.

A midi nous avons rejoint mon cousin Hugues et sa famille dans leur maison en pleins champs près d'Auxonne. Une belle après-midi à jouer avec nos cousines "issues germaines" dans la belle campagne bourguignone.

A Dijon la nuit a été orageuse à l'hôtel Le Chambellan. Un de ces beaux orages d'été où les éclairs déchirent le ciel tout autour de vous et le tonnerre est si bruyant que tout tremble. Fascinant et effrayant à la fois : je n'ai pas résisté à fermer toutes les fenêtres. Nous étions "bien nostalgiques", etc. : il n'y a jamais d'orage à Sunnyvale. A peine un peu de pluie en hiver et encore, si fine qu'on ne la voit pas tomber.
Les gouttes énormes qui saturent l'air d'un parfum de terre mouillée avaient fini de tomber au lever du jour. Nous avons pu visiter Dijon tranquillement : le palais des Ducs de Bourgogne, la tour de Philippe le Bon, les rues cossues ou se succèdent les hôtels particuliers, les maisons tordues du Moyen-Age.

Plus tard nous visitions le château de Gevrey-Chambertin, bel édifice carré moyen-âgeux en pierres grises et entouré de vignes centenaires. Le propriétaire nous expliquait les secrets de la fabrication traditionelle du vin et l'histoire du château.

Dans la soirée nous étions de retour à Lyon et mangions en bonne compagnie à la Brasserie Georges le steak tartare (préparé sous nos yeux) dont nous rêvions depuis des mois !
Une dernière journée à Lyon nous a permis de faire un ultime bain familial avant le départ... Et nous étions bien nostalgiques ... et tristes de devoir quitter tout le monde si rapidement.

Sur la route du retour nous avons fait escale à Munich où des amis marseillais, munichois d'adoption, nous ont rejoints à la brasserie de l'aéroport. Quelques heures pour évoquer le passé (notre rencontre à Aix-en-Provence en 1999, nos retrouvailles à Munich en 2001), le présent : rencontrer leur adorable petite Ilona qui a déjà deux ans, et le futur : leur visite (prochaine, nous l'espérons) dans "nos terres".

De retour à Sunnyvale nous avons été immédiatement enfouis sous une montagne de travail, ce qui n'a fait qu'accroître le spleen engendré par ces vacances un peu bousculées, mais le quotidien a finit par prendre le dessus, les amis sont rentrés de vacances eux aussi et nous avons repris notre rythme californien, sans oublier la douceur de vivre estivale de notre beau pays natal.

* à defaut, voici les réponses :
- la chambre du châtelain et celle de la châtelaine (une à chaque bout de l'aile droite du château de Cormatin !) sont précédées d'une autre pièce, l'antichambre, aux murs savament décorés mais très peu meublée, qui servait de salle d'attente aux visiteurs qui étaient ensuite reçus dans la chambre. "Faire antichambre", c'est poireauter... Ce sort n'était réservé qu'aux hôtes moins importants que le maître ou la maîtresse de maison (une façon d'asseoir son autorité : on reçoit quand on veut). Les hôtes plus importants que le(la) châtelain(e) par leur rang se rendaient directement à la chambre, sans attendre et sans frapper.
- si les dorures paraissent surabondantes et presque criardes dans certaines pièces des châteaux, c'est qu'on les voyait rarement avec autant de lumière qu'aujourd'hui : à l'époque des bougies, la réverbération de l'or, en plus d'être très douce et très belle comme on en a eu la démonstration, était très utile pour illuminer la pièce à peu de frais (peu de bougies !) pour lire, en particulier.
- en triant des papiers dans la bibliothèque qui avait beaucoup servi au début du XXème siècle lorsque le directeur de l'opéra de Monte Carlo, Raoul Gunsbourg, était propriétaire du château de Cormatin et qu'il y recevait de célèbres chanteurs l'été pour préparer les spectacles de la saison suivante, on a retrouvé des manuscripts inédits des Contes d'Hoffmann, dont la première représentation n'a eu lieu qu'après la mort d'Offenbach, et qui connait plusieurs versions... Ces manuscripts ont aidé à lever un peu du mystère de ce célèbre opéra.

PS: La page des vacances d'été est tournée... Retour aux chroniques californiennes dès le prochain article !... Et j'essaierai de faire plus court !